Paris le 7 juin 1916
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7 juin
Monsieur l’Administrateur,
Conformément à vos recommandations j’ai préparé un mémoire se rattachant à la défense nationale. Le rôle que la Turquie joue dans cette guerre mondiale étant à mon avis considérable, j’en ai fait l’objet de mon travail, en traitant toutes les questions qui de loin ou de près ont un rapport avec les Turcs ou avec la victoire des alliés.
Je vous prierais, Monsieur l’Administrateur, de vouloir bien faire parvenir ce mémoire, si vous je jugez bon, à la connaissance du gouvernement.
Je l’ai préparé plutôt pour le Ministère de la Guerre, mais beaucoup de questions traitées ressortissent du Ministère des Affaires Étrangères.
Les idées que j’y émets sont souvent opposées à l’opinion qui a cours généralement en France sur les Turcs. C’est pourquoi je me suis vu obligé quelquefois d’exprimer certaines critiques. En les faisant cependant je n’ai nullement eu l’intention de me donner de l’importance ni de vouloir faire œuvre de conseiller ; mon désir sincère a été seulement d’exposer toutes mes idées en espérant qu’on pourrait peut-être trouver en elles quelques renseignements utiles.
Malgré tous mes efforts je ne suis pas arrivé à m’approprier complètement la langue française, et ses subtilités comme ses souplesses m’échappent bien souvent quand il s’agit d’écrire ou de parler. Dans ce mémoire s’il y avait quelques mots ou expressions qui aient pu mal traduire ma pensée ou encore de trouver trop prétentieux, je m’en excuse par avance.
À ce sujet même, je vous serais reconnaissant, si le temps ne vous faisait pas défaut, de jeter sur ce mémoire, avant de le remettre au gouvernement, un coup d’œil clairvoyant et de voir si certaines affirmations ne vous paraîtraient pas trop hardies ; et je serais vraiment heureux d’entendre vos remarques personnelles à cet égard.
Veuillez croire à ce propos que je n’oublie pas quelle peut être votre peine à l’heure actuelle à la suite du coup cruel qui vient de vous frapper dans vos plus chères affections. Si je persiste à vous adresser quand même le présent mémoire dans un si pénible moment c’est que je suis persuadé que les pires coups de l’aveugle destin sont incapables d’amollir l’énergie ou la volonté d’un Français pour qui la défense nationale et tout ce qui s’y rattache sera toujours élevé au-dessus de ses propres douleurs quelles qu’elles puissent être.
En m’en excusant de nouveau et en vous adressant encore une fois mes condoléances les plus émues, je vous prie d’agréer, Monsieur l’Administrateur, l’hommage de mes sentiments respectueux.
D. Kévorkian
312, rue St. Jacques

