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Paris, le 17 novembre 1930

17 novembre

Ville Évrard, Neuilly s/Marne

 

À Monsieur Paul Boyer, Administrateur de l’École des Langues Orientales

 

Monsieur l’Administrateur,

Au nom de votre fils, enterré à Salonique, je vous supplie de mettre fin aux souffrances de deux êtres innocents, mon oncle et moi, qui sommes suppliciés depuis 7 mois. Mieux que toute autre personne, vous savez combien est grand mon dévouement à la France et combien est impeccable ma vie. C’est à vous de me défendre si d’autres m’attaquaient. C’est pourquoi je vous prie de ne pas attrister votre vieillesse par des remords, et de ne pas tarder à téléphoner à la Préfecture pour demander ma libération sans condition. Après tant de souffrances et de sacrifices je ne puis pas subir le déshonneur d’être expulsé de Paris et avec une santé délicate d’erreur à l’aventure à la recherche d’une situation. Je vous jure de mon côté de ne plus parler de cet incident malheureux et de toutes les circonstances qui s’y rattachent. Je vous demande pardon et je vous pardonne. Seulement, il y a une question à régler : mon travail de 16 ans à l’École ne fut pas récompensé et mon avenir fut brisé pour toujours. Une juste compensation m’est due. Je vous laisse le soin d’arranger cela comme vous pouvez.

J’espère que ces simples lignes, sans flatterie et sans rancune, vous toucheront et vous ferez le nécessaire.

Je vous prie de vouloir bien agréer l’hommage de mes sentiments les plus respectueux.

D. Kévorkian

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