Paris, le 18 novembre 1917
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Comme vous le savez, je suis, depuis trois ans, répétiteur de turc à l’École des Langues orientales. Cependant étant Arménien, j’aurais une profonde satisfaction morale de diffuser davantage si possible ma propre langue plutôt que celle de nos ennemis.
À la suite d’une démarche faite par moi, Monsieur l’Administrateur a bien voulu consentir à ce que j’organise gratuitement à l’École des Langues une répétition d’arménien. Cependant et au préalable il m’a invité à vous en parler afin que vous puissiez lui présenter conformément au règlement une proposition à ce sujet.
J’espère, Monsieur le Professeur, que vous voudrez donner tout votre appui à ma proposition et je serais heureux si je pouvais sous vos ordres et sous vos conseils rendre quelques services à l’enseignement d’une langue qui m’est si chère et que vous-même vous aimez de tout votre cœur.
Il est certain que les élèves français de l’École des Langues qui se destinent surtout à la carrière diplomatique, ne s’intéressent guère à la langue arménienne. Mais il y a à Paris une importante colonie arménienne dans laquelle se trouvent un certain nombre de jeunes gens ayant une solide instruction française. Ceux-ci qui seront dans l’avenir de bons citoyens français, retireraient cependant de grands avantages à étudier la langue et l’histoire de leurs ancêtres.
J’espère qu’avec un peu de persévérance nous arriverons, vous et moi, à constituer parmi ces Arméniens un noyau de bons élèves qui seront pour nous comme la récompense de la peine que nous aurons pu prendre.
Dans la préparation je m’attacherai naturellement à la partie plutôt pratique : conversation, composition, etc., choses qui manquent le plus souvent à tous les Arméniens ayant passé leur enfance à Paris.
Avec l’espoir, Monsieur le Professeur, que vous voudrez bien entrer dans les vœux que je vous expose, je vous prie d’agréer l’hommage de mes sentiments respectueux.
D. Kévorkian

