Paris, le 23 février 1916
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Monsieur l’Administrateur,
Permettez-moi de venir encore une fois faire appel à Votre bienveillance. Cependant et avant toute chose qu’il me soit permis de vous adresser de nouveau tous mes remerciements pour le poste que vous avez bien voulu me faire obtenir. Mais les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons m’obligent nécessairement à essayer de trouver un travail auxiliaire.
J’ai pensé que les événements actuels en Orient (avance Russe en Arménie, etc.) pourraient peut-être donner l’occasion de traductions de journaux turcs. J’ignore si déjà ce service existe. Mais en tout cas, s’il existe, je ne puis savoir à qui m’adresser pour demander qu’on m’y procure du travail. En outre une demande présentée par moi seul et directement n’aurait pas grande chance d’aboutir ; d’habitude -et en ce moment particulièrement- on ne confie pas de suite un travail à un étranger qu’on en connaît pas ou qui n’a pas fait l’objet d’une recommandation.
C’est pour cela, Monsieur l’Administrateur, que j’ai pensé à venir faire appel à votre haute bienveillance. Peut-être vous serait-il possible de savoir en raison de vos nombreuses relations dans les cercles gouvernementaux s’il y a pour moi possibilité de trouver un travail dans le genre que je vous indique.
Veuillez croire, Monsieur l’Administrateur, que si j’obtenais ce travail ce serait pour moi un grand avantage. En effet si le traitement qui m’est accordé à l’école me permet de vivre actuellement il ne me donne pas toute possibilité pour pouvoir liquider quelques dettes que j’ai dû contracter en près de 2 ans pendant lesquels je n’ai pu trouver un travail régulier. En outre, pendant ce même temps je n’ai pu m’acheter tout ce qui m’aurait été strictement nécessaire. D’un autre côté il m’a été également impossible de penser à aider ma famille. Si je n’ai plus de mère ni de père, j’ai de jeunes frères que j’espère quand même de trouver vivants malgré les horribles massacres qui viennent d’avoir lieu dans notre pays. Jusqu’ici je n’ai pu encore avoir de leurs nouvelles mais j’ai l’espoir qu’à la faveur des événements actuels il me sera possible d’en avoir bientôt.
Vous m’excuserez, Monsieur l’Administrateur, si je vous donne tous ces détails mais ils vous feront mieux saisir toute la nécessité qu’il y a pour moi à essayer d’augmenter mes ressources. J’espérais obtenir quelques leçons particulières dans des familles arméniennes, lesquelles leçons m’avaient été promises ; mais par suite de la longueur de la guerre ces familles ont renoncé à leur projet. De même je n’ai pu réussir à m’occuper dans des écoles. Deux pensionnats à Fontenay-sous-Bois et à Choisy-le-Roi voulaient bien m’engager mais c’était au titre d’interne ce qui n’était pas compatible avec mon emploi actuel.
Veuillez croire, Monsieur l’Administrateur, que je vous serais infiniment reconnaissant si vous pouviez m’aider à trouver un travail quelconque soit dans la traduction comme je vous l’explique ci-dessus, soit dans une école en donnant des leçons de mathématiques que je connais bien, soit de toute autre façon.
Veuillez agréer, Monsieur l’Administrateur, avec tous mes remerciements à l’avance la nouvelle assurance de mes sentiments respectueusement dévoués.
D. Kévorkian
Paris le 23 février 1916
312, rue St. Jacques

