Paris, le 6 septembre 1927
-
6 septembre
L’Administrateur à Monsieur le Ministre
De l’Instruction Publique et des Beaux-Arts
Monsieur le Ministre,
En réponse à votre dépêche, en date du 29 août dernier, relative aux titres que peut avoir M. KEVORKIAN, à la naturalisation, je ne puis que donner un avis favorable. M. KEVORKIAN, autant que je sache, se recommandant par une parfaite rectitude de conduite et de conscience, par un loyalisme français hors de tout soupçon ; et sans doute devons-nous quelque compensation aux infortunés Arméniens à qui il a été tant promis et si peu accordé.
Toutefois, je crois devoir appeler votre haute attention sur les points suivants :
Naturalisé Français, M. KEVORKIAN « se cramponne » plus que jamais au répétitorat de turc, alors que, en bonne doctrine, le répétitorat de turc devrait être confié à un Turc d’origine et non point à un Arménien (c’est au cours de la guerre que M. KEVORKIAN, d’ailleurs bon pédagogue, a été investi, faute de candidats turcs et donc « ennemis », de sa fonction présente ; et quand, la guerre finie, j’ai voulu le faire renoncer à cette fonction /annuelle, par définition/ il s’est débattu comme un beau diable et a remué ciel et terre ; d’où il est apparu que le moindre mal serait encore de le renouveler en son emploi).
Naturalisé Français, M. KEVORKIAN demandera sans doute à subir les retenues qui lui assureraient un droit de pension de retraite, et cette demande pourra trouver quelques objections de la part du contrôle des dépenses (quoi qu’il y ait des précédents : quand les répétiteurs de l’École ont été des Français, M.M. LEGRAND, PSICHARI, PRÉCHOT, ROUSSEL, ils ont toujours été admis à « verser » pour la retraite).
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, les assurances de mon respectueux dévouement.

